AVERTISSEMENT AU LECTEUR…

Depuis avril 2018, Hebdo-39, hebdomadaire gratuit jurassien, m’ouvre ses pages pour que je répande mes sentiments et mes ressentiments auprès de ses fidèles et nombreux lecteurs.

Je me suis pris au jeu et ce fut un grand plaisir hebdomadaire.

Aujourd’hui je ressens le besoin d’en faire un petit livre qui aura toute sa place dans vos petits coins ou dans vos grandes armoires.

Les rubriques sont vite lues. Je souhaite que le lecteur y trouve un moment de détente au fil du temps.

Vous trouverez quelques propos très comtois et pour les rattraits* des notes en fin de texte donnent les explications qui seront pour certains nécessaires.

Bonne lecture.           
                                 Gérard Bouvier

Merci à mon ami Larsen qui, comme il en a maintenant l’habitude, accompagne de son talent de graphiste mes diverses publications.

* En parler comtois un rattrait (ou ratrait car les deux orthographes sont autorisées) est un individu qui vit en comté mais est d’origine étrangère au pays. Bien sûr il suscite une méfiance et parfois un rejet qui contredit l’étymologie puisque ce mot vient du verbe rattraire qui signifie attirer chez soi.

Il les injuria, les traitant de chenis, de ratraits, de croquants… (Lucien RUTY, Les comtois de la Liberté, Éd. Cabélita)

 À noter que donner un ton comtois à ces rubriques ne met pas à l’abri d’une subvention du Conseil Général ou de la Direction Régionale des Affaires Culturelles… Nous verrons bien.


Revenons à nos moutons.

Commencer une rubrique qui jusqu’à ce jour n’existait pas1 en écrivant :
 « revenons à nos moutons », augure mal de la suite !
Passons !

Il nous arrive souvent dans une conversation de dire : « Revenons à nos moutons ! 
» Mais connaissez-vous beaucoup de gens qui veillent sur leurs moutons et y reviennent à tout bout de champs ?


On dit « revenons à nos moutons » depuis 1464. Dans une pièce de théâtre du Moyen-Âge, La Farce de Maître Patelin, où l’on écoute les doléances d’un drapier qui s’est fait voler des moutons. Mais soudain, coup de théâtre, il y a dans l’assistance, et tout à fait par hasard, un avocat véreux qui a jadis arnaqué ce même drapier et qui, le reconnaissant soudain, s’en prend à lui. Les deux carambouilles2 dont ce drapier est la victime s’embrouillent et -finalement- le juge, très énervé par trop de digressions, s’emporte : « Revenons à nos moutons ! ».  


Et 554 ans plus tard l’expression perdure !


554 ans ! Magie des mots ! Parce que nos mots et nos phrases font partie du vivant et qu’il y a les mort-nés et d’autres plusieurs fois centenaires !

Il y a même parfois des mots qui tombent malades, des mots pour lesquels le pronostic vital est engagé.


En ce moment un mot qui est très malade, c’est le mot « coagulation ».
Les syndicats se coagulent entre eux, les revendications des étudiants se coagulent avec celles des retraités, les mécontentements des uns se coagulent avec les mécontentements des autres.


La présure coagule le lait. Le sang lorsqu’il coagule peut provoquer une phlébite. La France, à tant coaguler, ne sera bientôt plus qu’un gros caillot en soins intensifs. Manquerait-elle d’anticoagulants ? Manquerait plus que ça !


En fait on ne se coagule pas lorsqu’on veut anéantir le trafic sur les voies ferrées, ou si l’on projette d’obstruer l’entrée des facultés, mais l’on
se coalise, c’est-à-dire qu’on se réunit en vue d’une action commune3

 

1-Nous étions en avril 2018.

2-La carambouille est l’escroquerie qui consiste à revendre une fourniture non payée. Elle ne doit pas être confondue avec la carabistouille d’origine belge et qui peut donc être traduit par : une ânerie. Mais revenons à nos moutons…

3- Aujourd’hui on continue souvent de préférer la -gule à la -lise mais c’est dommage.




Le diable et son train mènent un train d’enfer :
l’enfer du train !


Avertissement : Ce texte a été écrit en avril 2018 quand une grève d’une ampleur nouvelle paralysait les transport ferroviaire du pays…


Partis prendre le train beaucoup se sont retrouvé bien pris !

Tel est pris qui croyait prendre !


Drôle d’époque où il devient exceptionnel qu’un train en cache un autre… Gare à vous quand même et éloignez-vous de la bordure du quai puisque de toute façon on vous dit qu’il n’y a pas de train…

« Train » vient du latin populaire traginare, dérivé du verbe savant trahere qui signifiait « tirer » et qui a donné aussi, après un aiguillage sur la voie B, le verbe « traire ». Les voyageurs qui traînent sur les quais avec leur billet en poche payé et inutile ne seront pas surpris de cette filiation commune.  

L’étymologiste Alain Rey nous révèle qu’en ancien français, en 1190, le train désignait « un convoi de bêtes voyageant ensemble ». Puis -car la langue évolue- en 1240 « une file de bêtes de somme voyageant ensemble avec le personnel de service ». C’était il y a longtemps et les choses ont bien changé.


Notre indulgence pour notre S.N.C.F. nous a fait dérailler. Nous aurions dû nous méfier et nous souvenir que le mot « train » est à l’origine d’une longue lignée qui, quand une grève traîne en longueur, sonnent comme des avertissements.

 
Ne trouvez-vous pas prémonitoires : traînard, traînasser, traînailler, traîne-savate, traîne-guenilles (en comtois : traîne-la-gaine) ?

Du train où vont les choses (un train de sénateurs), un train de mesures entrainera bientôt les cheminots vers la reprise. Avant l’été ? Ou dans le traîneau du Père Noël ?


Chacun reprendra son train-train avec plus ou moins d’entrain.

L’heure sera venue de pardonner au boute-en-train, en train de rédiger cette chronique !


Le sexe du Clafoutis



Hyacinthe, Lucienne, Alphonse, voilà les prénoms de ceux qui nous quittent. Deux pages et trois générations plus loin ce sont Louna, Djuliann, Théa, Naomi. Les prénoms de ceux qui arrivent.


La néophobie, cette peur de la nouveauté, attribut de tant d’anciens, fait grincer quelques dents. Et quelques vieux dentiers.

Il est vrai qu’il y a parfois des abus. Un tribunal vient d’interdire à des parents d’appeler leur fille Nutella car cela « pouvait entraîner des moqueries ».

Et pire encore, un surpoids ?


A Besançon on a refusé Princesse-Rebecca et à Perpignan Mini-Cooper. Notons que les prénoms automobiles, Mercédès, Mégane, Clio, Dyane, qui entretenaient un quiproquo entre la fille ainée et la voiture, sont en panne sèche depuis les chocs pétroliers et la taxation du diesel.


J’imagine la tête des anciens, Raoul, Philomène, Amédée…quand arrivèrent les petits nouveaux avec leurs prénoms avant-gardistes : Gaston, Henriette, Roger, Josette !


On m’appela Gérard. De par Dieu et de par tous les saints du Paradis, où diable sont-ils allés chercher ce prénom ? Ce fut le mien. Un sexe mâle de belle facture et à la finition soignée me permit d’éviter à jamais Marie-Christine, l’alternative qui m’était promise.


Dans les années 60, le couturier Courrèges a prénommé sa fille Clafoutis. Bévue de l’atelier de confection car le clafoutis est un gâteau masculin.… Aujourd’hui Clafoutis porte son second prénom, moins bourratif : Marie.  


Les prénoms collent à leur temps.
Ainsi si vous accouchez dans l’ambulance parce que la maternité de Saint-Claude
 est fermée à la demande de l’ARS, prénommez votre enfant ARSène…
Ce ne sera pas volé !


Le mot de l’année


L’ignorez-vous ? Il existe un festival du Mot. Pas à Cannes ni même à Venise mais, parce que l’emplacement est par nature plus bucolique, à La Charité-sur-Loire dans la Nièvre. Ce qui n’enlève rien à son prestige.

Si vous êtes lecteur habituel de cette chronique ce festival vous concerne …

               Car le mot, qu’on le sache, est un être vivant.
               Rêveurs, tristes, joyeux, amers, sinistres, doux,
              sombre peuple, les mots vont et viennent en nous ;
              Les mots sont les passants mystérieux de l’âme. 
                                                                                 
                                                                                     Victor HUGO       
                                                                    Les Contemplations, I, VIII


Ce sera cette année la 14eme édition et le jury présidé par Roland Cayrol devra choisir (verdict le 3 juin) le mot de l’année 2018 parmi cette liste de nominés :

COLÈRE, FEMMES, GLYPHOSATE, HARCÈLEMENT, JUPITÉRIEN, PORC, RÉCHAUFFEMENT, RESSENTI, VEGAN.1

Il y a aussi BITCOIN. Monnaie que je préfère écrire bite-cogne bien qu’elle n’entre pas dans la poche du pantalon en concurrence avec les euros puisqu’elle reste une monnaie virtuelle.

Et donc ni sonnante ni trébuchante2.

Le palmarès des années antérieures permet de mesurer la pertinence d’un tel festival.

Se sont succédés des mots qui sont tous des témoins de notre temps : Précarité (2005), Blingbling (2008), Parachute doré (2009), Dégage ! (2011) qui l’emportait sur Révolte et Girouette, Twitter (2012), Selfie (2014), Laïcité et Liberté (2015), Réfugiés (2016), Renouveau (2017).

Une mention spéciale pour Bravitude en 2007 qui opposé à Bourde s’était finalement imposé.

Hélas -à mon avis-, le mot de l’année 2018 ne figure pas dans la liste proposée.

Je vais vous apporter une vraie information ni truquée ni mensongère et que j’ai pris soin de vérifier.

Le mot de l’année c’est : fake-news (faique niouse).

1- A noter que cette liste est proposée dans un ordre alphabétique. Aussi si Colère jouxte Femmes en ce temps de révoltes du me too c’est pur hasard. Il en est de même pour Glyphosate et Harcèlement, rapprochement où le monde paysan aurait tort de trouvé malice. Quant à Jupitérien et Porc je ferai semblant de n’avoir rien remarqué. Réchauffement et Ressenti sont aussi liés par le seul hasard quoi qu’en pensent quelques pingouins de mes amis.

2-L’expression « monnaie sonnante et trébuchante » date du XVIIème siècle. Pour être sonnante une monnaie devait produire lors d’un choc un bruit qui traduisait la proportion adéquate du mélange de métaux utilisés. C’est bien avant que l’oncle Balthazar Picsou (de son premier nom Uncle Scrooge) né en 1947 ne constate les vertus bienfaisantes de la monnaie qu’il utilisait en balnéothérapie. La pratique s’est perdue mais nos stations thermales en souvenir de ces temps heureux possèdent toutes un Casino.

Les pièces étaient « trébuchantes » quand elles passaient avec succès l’épreuve du trébuchet, instrument utilisé autrefois pour mesurer un poids. Aujourd’hui il m’arrive lors d’un passage sur la balance d’enregistrer un verdict à tomber par terre. Il s’agit pourtant d’un simple pèse-personne bien éloigné de l’antique trébuchet.

 Cette chronique était écrite avant la promulgation des résultats. Il est toujours difficile de s’hasarder sur le chemin semé d’embûches de la prédiction. Le verdict du mot de l’année ne fut pas celui que j’avais prévu. C’est le mot FEMMES au pluriel qui décrocha la timbale. La première réaction est bien sûr de dire « tout ça pour ça ! ». Mais soyons beau joueur ! Il est vrai qu’une immense prise de parole à l’échelle planétaire après l’affaire Weinstein justifiait probablement ce choix.

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